Dans la culture populaire, à l’école ou sur des sites institutionnels (comme celui du Fonds monétaire international) qui suivent les définitions des dictionnaires et des encyclopédies, on dit toujours que « l’argent fait tourner le monde », ou, en reprenant Cicéron, que « l’argent est le nerf de la guerre ». Cette légende de la monnaie, qui aurait remplacé le troc pour fluidifier les échanges, a néanmoins été contredite par les économistes du XXe siècle et par les historiens des économies antiques, qui ont prouvé que la monnaie apparaissait dans des systèmes économiques déjà structurés par des dettes, des formes de taxation et de redistribution, ainsi que par des échanges fondés sur des unités de compte. Pourquoi continuer alors à blâmer l’argent – qui n’est que mesure et moyen, comme l’a bien dit Aristote ? La raison tient à notre ancrage profond dans la culture classique et biblique, qui condamne l’avarice et, avec elle, le mauvais maître que peut être l’argent.
Ce podcast nous amène aux origines du monnayage romain, c’est-à-dire du plus grand système monétaire antique, à côté de celui de la Chine des Han. Pourquoi les Romains ont-ils attendu le III e siècle av. J.-C. et les Guerres puniques pour frapper monnaie ? Selon Pline l’Ancien, dont l’Histoire naturelle nous sert de guide, ce sont les préjugés moraux des Ancêtres qui auraient permis aux Romains de retarder la fabrication de ce mal nécessaire. La confrontation critique de ce texte avec les découvertes numismatiques et nos connaissances actuelles sur l’histoire économique nous permet de nuancer les propos de l’encyclopédiste
latin.
Invités :
- Maxime CAMBRELING, professeur de lettres classiques, collège Albert Camus, Bayonne.
- Vincent DROST, conservateur des bibliothèques, en charge des collections de monnaies romaines et celtiques au département des Monnaies, médailles et antiques de la BnF.
- Henri ETCHETO, professeur agrégé d’histoire, collège Albert Camus, Bayonne.






